Question de corpus
Au XVIIIème siècle se développent des idéologies, des façons de penser nouvelles. Cette période est connue sous le nom de siècle des Lumières. Diderot, Voltaire, et Montesquieu sont des philosophes et écrivains français de cette époque. Nous allons analyser les points communs et les différences de cinq textes écrits par ces auteurs. Nous étudierons un extrait de Candide de Voltaire (« Le nègre de Surinam »), écrit en 1759, ainsi qu’un extrait « Sur les quakers » du même auteur, paru en 1734. De plus, nous approfondirons notre étude avec les Lettres 24 et 30 des Lettres Persanes de Montesquieu, parue en 1721. Pour finir ; nous analyserons un extrait de Supplément au voyage de Bougainville de Diderot.
Nous allons comparer ces cinq textes en relevant les points communs et les différences. Nous verrons les idées communes des auteurs, développées sous différentes formes.
Diderot, Montesquieu et Voltaire sont des philosophes. Ils ont révolutionné les façons de penser au XVIIIème siècle. Ces trois auteurs ont des idées nouvelles qu’ils vont faire paraître dans leurs ouvrages.
Dans chaque extrait étudié, nous retrouvons la notion de voyage. En effet Candide voyage à Surinam dans l’extrait de Candide, écrit par Voltaire. Ce dernier voyage lui-même en Angleterre dans l’extrait « Sur les quakers ». Montesquieu fait voyager deux persans à Paris dans Les Lettres Persanes. La notion de voyage apparaît également dans l’extrait de Supplément au voyage de Bougainville, où l’action se passe à Tahiti. Ces trois auteurs parlent tous de voyage mais pas sous la même forme. En effet, Montesquieu utilise le genre épistolaire. Son ouvrage est écrit sous forme de lettres échangées par des persans entre Paris et la Perse. Diderot, quant à lui, écrit un récit. Son œuvre est conçue comme un dialogue. Enfin, Voltaire utilise le récit, et plus particulièrement le conte philosophique pour Candide. Dans son extrait « Sur les quakers », Voltaire utilise le genre épistolaire mais son extrait ressemble plus à un essai.
Les thèmes de ces extraits sont différents mais renvoient pratiquement à la même thèse. Diderot, Montesquieu et Voltaire développent tous une critique. Ces philosophes présentent une satire dans leurs textes. Voltaire dénonce l’esclavage et le critique ouvertement dans Candide. Il présente Candide rencontrant un nègre victime de l’esclavage à l’entrée de Surinam. Il est étendu par terre et lui manque un bras ainsi qu’une jambe. Ce texte vise tous les responsables du commerce triangulaire. Pour Voltaire, chacun est responsable de la situation : il essaye de faire prendre conscience aux européens que chacun doit œuvrer pour changer, et abolir l’esclavage. Cette abomination est ainsi dénoncée dans cet extrait.
Diderot dénonce un thème lié à l’esclavage, la colonisation. Dans son extrait, il critique les méfaits de la colonisation, à travers la parole d’un chef tahitien qui s’adresse au colonisateur Bougainville lors de la colonisation de Tahiti en 1771. Diderot dénonce ici une société colonisatrice, injuste, immorale et violente face à un monde libre, simple et tolérant. On retrouve aussi la notion d’esclavage et sa dénonciation avec le champ lexical de la violence (« funeste », « fureurs inconnues », « folles », « féroces », teintes de sang »).
La société est ainsi critiquée, comme dans l’extrait « Sur les quakers ». Voltaire, lors d’un voyage en Angleterre, s’adresse à un quaker et met en place une critique de la société française et de la religion. Une satire est mise en place par un jeu d’opposition entre le quaker et Voltaire à travers la manière de parler et de se comporter. Il souligne le ridicule des français ainsi que le comportement excessif du règne de Louis XIV, lors de la monarchie. La critique de la religion est mise en place grâce au rejet du baptême par le quaker, inutile selon lui.
Quant à Montesquieu, il présente lui aussi une critique de la société française à travers un jeu de regard entre les persans et les français dans Les Lettres Persanes. Montesquieu critique la vie parisienne, le rythme trop vif, l’agitation des habitants, leurs comportements grâce au regard de Rica dans la lettre 24. Il dénonce aussi dans une deuxième partie la puissance de Louis XIV et sa faculté de manipulation. Dans la lettre 30, Montesquieu dénonce l’ethnocentrisme et la mondanité des parisiens.
Ces cinq textes présentent donc tous une critique de la société dans son ensemble, mais leurs différences résident dans le thème de la critique, à savoir l’esclavage, la colonisation, la religion…
Les extraits présentent aussi des points communs dans les registres. En effet les textes sont tous argumentatif car ils défendent une thèse. Ils dénoncent et critiquent, ce qui amène à employer un registre polémique. L’auteur va dénoncer et éveiller la conscience du lecteur en employant des procédés stylistiques comme les questions rhétoriques, des hyperboles, des exclamations, des connotations… L’extrait de Candide et celui de Supplément au voyage de Bougainville présentent bien un registre polémique puisque Voltaire et Diderot vont amener le lecteur à adhérer à leur parti, à savoir la lutte contre l’esclavage et la colonisation.
Dans ces extraits, on retrouve à chaque fois le registre satirique. Les écrivains utilisent l’ironie et invitent le lecteur à partager une critique railleuse, en utilisant des exagérations, un vocabulaire péjoratif ainsi que des procédés de décalage. La satire est omniprésente et contamine tous les textes, ce qui vise à faire réagir le lecteur. On observe une satire de l’esclavage dans Candide, de la colonisation dans l’œuvre de Diderot, de la religion dans la lettre « Sur les quakers », de la distance exotique dans Les Lettres Persanes. En effet, Montesquieu use du registre satirique pour accentuer sa dénonciation.
Grâce aux registres utilisés, Diderot, Montesquieu et Voltaire vont tout mettre en œuvre pour capter l’attention du lecteur. Voltaire mise sur la situation douloureuse du nègre qui va faire naître la tristesse, la compassion et la pitié chez le lecteur. Il use en effet du registre pathétique, en plus du polémique et du satirique, dans l’extrait de Candide. Montesquieu, pour sa part, va amadouer le lecteur grâce à un jeu de regard qu’il établit entre les persans et les parisiens dans Les Lettres Persanes. Il va aussi choquer le lecteur avec l’ethnocentrisme et la mondanité dont font preuve les parisiens. Dans sa lettre « Sur les quakers », Voltaire va capter l’attention du lecteur grâces aux registres mais aussi avec l’instauration d’un dialogue avec le quaker et la découverte d’autres façons de penser, de parler et de se comporter. Diderot, lui, va s’adresser au lecteur avec un plaidoyer et un réquisitoire. Le chef tahitien, par son discours va faire prendre conscience aux lecteurs des méfaits de la colonisation. Grâce à sa force oratoire et son discours persuasif, Diderot va capter l’attention des lecteurs
Diderot, Montesquieu et Voltaire, philosophes des Lumières, s’adressent aux lecteurs en critiquant la société française dans son ensemble. Ils vont, grâce à leurs idées nouvelles, dénoncer des thèmes comme l’esclavage, la colonisation ou la religion, le pouvoir du roi, la monarchie… Grâce à leurs œuvres, ces lumières vont révolutionner les manières de penser au XVIIIème siècle, ce qui va amener en 1789 à la Révolution Française et à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Adrien Allard