vendredi 6 mai 2011
Correction du Bac Blanc - Poésie
Question de corpus
Après avoir lu attentivement les textes du corpus, vous répondrez aux questions suivantes :
Nombreux sont les poètes qui ont été qualifiés de « maudits ». Charles Baudelaire, Paul Verlaine ainsi que Guillaume Apollinaire font notamment partie de cette catégorie, et leurs œuvres en témoignent. En effet, « Rêve parisien », « Le ciel est, par-dessus le toit… » et « A la Santé » sont des textes qui ont tous en commun ce mal de vivre.
Nous chercherons donc à démontrer dans une première partie que ces poèmes opposent deux espaces. Ensuite, dans une deuxième partie, nous nous focaliserons sur les textes « Le ciel est par-dessus le toit » et « A la santé afin de relever et comprendre par quels procédés poétiques l’idée d’enfermement est exprimée dans ces deux textes.
Basile Kanso, 1ère ES4
a. Montrez comment ces poèmes opposent deux espaces.
Lors de la lecture de ces textes, on observe la description de deux espaces. Dans le texte A, Baudelaire évoque l’espace du rêve, d’un paysage paisible et merveilleux par une description plus approfondie sur les chutes d’eau. On retrouve donc le champ lexical de l’eau et des cascades : « l’eau » (v.11-12), « plein de bassins et de cascades » (v.15), « cataractes » (v.17), « étangs dormants », « nappes d’eau », « des Ganges » (v.34).
On retrouve l’évocation de l’eau qui sort du contexte de prisonnier chez Apollinaire : « on y fait couler la fontaine » (v.28 et 32). La répétition de ce vers peut porter à croire que la présence de l’eau claire est importante aux yeux de l’homme et est un sujet qui fait rêver à la liberté.
On retrouve notamment dans tous les poèmes du corpus le champ lexical du paysage. Dans le texte A, le champ lexical du paysage est évoqué par celui des cascades d’eau, mais aussi par la lumière : « soleil » (v.46), « illuminer » (v.47), « brillaient » (v.49). Dans le texte B, on retrouve aussi ce lexique grâce aux termes « ciel », « si bleu », « si calme », « un arbre » (v.3), « la cloche » (v.5), « un oiseau » (v.7).
L’évocation de la lumière est notamment retrouvée dans le texte C de Guillaume Apollinaire grâce aux termes « le soleil filtre » (v.13), et « ses rayons » (v.15).
L’immensité du ciel rejoint la liberté que ces poètes cherchent à atteindre. Dans le texte d’Apollinaire, est évoqué le « ciel hostile » (v.52). Dans le texte de Verlaine, on comprend que le poète est enfermé : « le ciel est, par-dessus le toit » (v.1).
Le toit bloque l’admiration du poète envers cet aspect grandiose, cette liberté qui évoque la vue du ciel. Cette immensité se retrouve dans le texte de Baudelaire avec le champ lexical de la grandeur : « palais infini » (v.14), « pendant des millions de lieues » (v.27), « d’immenses glaces » (v.31), « Babel » (v.13), « confins de l’univers » (v.28).
Enfin, on remarque la présence d’une atmosphère paisible, ou des bruits communs à ces paysages. On peut retrouver un silence paisible comme dans le poème de Baudelaire : « tout pour l’œil, rien pour les oreilles » (v.51), « un silence d’éternité » (v.52). Ce calme est retrouvé dans le texte B : « si bleu si calme ! », ainsi que les sons communs à ceux d’une ville et de la nature : « La cloche » doucement tinte » (v.5-6), « un oiseau sur l’arbre qu’on voit », « chante » (v.7-8), « simple et tranquille » (v.10).
Dans le poème d’Apollinaire, on retrouve les « bruits de la ville », ce qui met une frontière entre l’espace où il y a présence de paysages, et l’espace clos de l’enfermement. Le champ lexical du son permet aussi de définir l’atmosphère sinistre de la prison, contrairement aux autres poèmes. On a « quelqu’un qui frappe du pied » (v.19), avec « les clefs qu’il fait tinter » (v.29), ou encore « le bruit de ma chaise enchaînée » (v.40). On entre alors dans un second espace que l’on retrouve dans tous les poèmes de ce corpus.
Tout est contraire en termes de visions, par rapport au premier espace : « prisonnier sans horizon » (v.51, texte C), « cette paisible rumeur-là vient de la ville » (v.11-12) (ici, dans le texte B, le poète ne peut rien voir de ce qui se passe dans la ville et fait confiance à ce qu’on lui en dit ») ; « l’horreur de mon taudis » (v.54, texte A).
Le second « monde » est considéré comme les ténèbres, ce qui fusionne les textes A et C : « mes yeux plein de flammes » (v.53), « soucis maudits » (v.56), « accents funèbres » (v.57), « des ténèbres » (v.59, texte A). Dans le texte d’Apollinaire, on retrouve la solitude ainsi qu’un terme pouvant évoquer les enfers : « le jour s’en va voici que brûle » (v.54), « nous sommes seuls dans ma cellule » (v.56).
Nous retrouvons donc ici deux espaces dans chacun des textes du corpus. D’un côté, l’on retrouve un monde féérique de la beauté du paysage grâce à une description pointilleuse illustrée par de nombreux champs lexicaux du son, de la lumière, de la vision ; et d’un autre côté on redécouvre un monde où la triste réalité règne, un « monde » clos et restreint d’espace.
Eva Goalard, 1ère ES4
b. Par quels procédés poétiques l’idée d’enfermement est-elle exprimée dans les textes B et C ?
L’enfermement dans les textes B et C est présenté par le regret de la jeunesse de chacun des poètes : « dis, qu’as-tu fait toi que voilà, de ta jeunesse ? (v.15-16, texte B) ; « Oh mes années ô jeunes filles » (v.8, texte C).
Le champ lexical de la prison, de l’enfermement est présent dans ces deux poèmes : dans le texte d’Apollinaire, on retrouve les termes suivants : « ma cellule » (v.1), « ces murs tous nus » (v.33), « couleurs pâles » (v.34) ; « chaise enchaînée » (v.40), « la prison » (v.41), « prisonnier sans horizon ». Dans le texte de Verlaine, on retrouve une répétition du vers « par-dessus le toit » (v.1 et 3), ce qui appuie cet effet de clôture.
Le temps est l’un des procédés de ces poètes pour évoquer la durée interminable de cet enfermement : » pleurant sans cesse » (texte B), « que lentement passent les heures » (v.45) ; « qui passera trop vitement comme passent toutes les heures » (v.49).
Le champ de la vue est restreint : dans le texte B, le poète n’aperçoit qu’un oiseau, qu’un arbre ; dans le texte C, le poète est obligé d’écouter puisque son champ de vision est retreint : « j’écoute les bruits de la ville », « prisonnier sans horizon ». (v.50)
Eva Goalard, 1ère ES4
Les principaux procédés poétiques qui expriment l’idée d’enfermement dans les poèmes d’Apollinaire et de Verlaine sont les suivants :
On a dans ces deux poèmes de nombreuses répétitions : « par-dessus le toit » (texte B), « qu’on voit », « là », et enfin la phrase : « qu’as-tu fait toi que voilà ».
On remarque que pour la plupart, ces répétitions sont à la fin des vers.
Les rimes étant croisées, on retrouve donc les mêmes expressions en guise de rimes, cela donne une sensation de répétition comme si le milieu de la prison rendait le poète frustré et le poussait à se répéter sans cesse.
C’est le même cas dans « A la Santé » : les répétitions sont extrêmement nombreuses comme : « Dans une fosse comme un ours », « On y fait couler la fontaine », « Chaque matin, je me promène », « Dans la cellule d’à côté ».
Mais le vers le plus significatif demeure : « Tournons tournons tournons toujours » (v.23). Il prouve que le milieu tellement clos de la cour (qualifiée de fosse) de la prison pousse sans cesse à se répéter, à tourner dans le peu d’espace présent. Les répétitions s’expliquant par le tourment.
Dans le poème de Verlaine, on a le champ lexical du calme avec « si bleu », « si calme », « berce », « doucement tinte », « simple et tranquille » : c’est en fait une description de l’extérieur qui est idéalisée : la ville devient une utopie pour le prisonnier.
Dans « A la santé, on a une métaphore très significative également de l’enfermement : « Que lentement passent les heures comme passe un enterrement » : l’enfermement est donc comparé à un enterrement. Il compare encore une fois la prison à une tombe dans le vers 5. Enfin, on a une personnification de l’espace : « Les murs tout nus » qui signifient qu’il ne leur reste plus rien, tout comme Apollinaire qui a dû se déshabiller avant d’être enfermé.
Basile Kanso, 1ère ES4
Commentaire de texte :
Vous commenterez le poème de Guillaume Apollinaire (Texte C).
La poésie est souvent vue comme un moyen d’expression assez libérateur, chaque poète peut s’exprimer librement et évoquer ses sentiments. Guillaume Apollinaire, poète du XIXème siècle, est connu notamment pour ses « Calligrammes » mais aussi pour son recueil Alcools d’où est extrait ce poème intitulé « A la santé ». C’est dans une époque sombre de sa vie que l’auteur a écrit ce poème relatant son incarcération à la prison de la santé. Il évoque notamment sa vie au sein de la prison, son enfermement constant.
Comment l’art poétique est-il mis au service de l’enfermement ?
Dans une première partie, nous verrons les conditions de vie liées à l’enfermement de la prison en montrant la description de l’incarcération sous tous ses aspects, mais aussi la description de la prison. Puis, dans une seconde partie, nous soulignerons le fait que l’art poétique est un moyen d’exprimer les sentiments de l’auteur, nous nous pencherons donc sur le regret d’un temps passé et la souffrance de l’auteur, dus à l’enfermement.
Dans ce poème, le thème principal est l’enfermement dû à la prison. Apollinaire a choisi d’en faire une description détaillée, que ce soit sur ses conditions de vie en prison ou la description de cet espace clos.
Concernant son incarcération, l’auteur la compare à un fait religieux : « Le Lazare entrant dans la tombe / Au lieu d’en sortir comme il fit » (v.5-6) ; il métaphorise donc son incarcération comme si on le tuait (« entrant dans la tombe »), contrairement au Saint Lazare qui fut ressuscité.
Sur les conditions de vie de son incarcération, le poète nous le décrit comme un cycle qui se répète constamment ; chaque jour est le même que la veille. Pour cela, il utilise des répétitions comme : « Chaque matin, je me promène » (v.22 et 26) ; il y a aussi le mot « tournons », répété trois fois au sein d’un même vers : « tournons tournons tournons toujours » (v.23). Quant à la métaphore, « Dans une fosse comme un ours » (v.21), Apollinaire se voit comme si c’était un animal qui tournait dans sa cage toute la journée et cela chaque jour durant ; cette animalisation est aussi répétée au vers 25. Cette idée de répétition de vers se retrouve dans le sizain suivant comme « Dans la cellule d’à côté » (v.27 et 31) et « on y fait couler la fontaine » (v.28 et 32). Cette métaphore et ces répétitions donnent l’aspect ludique, répétitif de la vie en prison. Or, dans sa versification, le poète a choisi d’utiliser des rimes croisées (ABAB) tout au long du texte. Cela permet d’accentuer l’idée du cycle se répétant chaque jour.
Apollinaire a choisi de faire une description assez minutieuse de la prison où il a séjourné ; on retrouve le champ lexical de la prison, de l’enfermement : « cellule » (v.1), « quinze de la onzième » (v.11-12), « clefs » (v.29), « geôlier » (v.30), « entre ces murs » (v ;33), « chaise enchaînée » (v.40), « prisonnier » (v.51), et « prison » (v.53) ; tous ces mots nous permettent d’accentuer l’aspect de confinement, d’espace clos.
La poésie est donc un moyen de s’exprimer librement, de dévoiler ses sentiments de quelque nature qu’ils soient.
Ici, Apollinaire a un sentiment de regret concernant le temps passé ; il dit au revoir à son ancienne vie comme s’il allait en commencer une autre : « Adieu Adieu chantante ronde / Ô mes années ô jeunes filles » (v.7-8). Outre son regret de sa vie passée, l’auteur aspire à évoquer la fuite du temps comme il l’avait fait dans son poème « Sur le Pont Mirabeau », extrait du même recueil Alcools, où il parle de souvenirs ou de l’eau qui coule, symbolisant la fuite du temps.
Dans ce poème, « A la Santé », il établit une antithèse en évoquant le temps, on a tout d’abord : « Que lentement passent les heures / Comme passe un enterrement » (v.45-46) puis « Qui passera trop vitement / Comme passent toutes les heures » (v.48-49). Le poète voudrait stopper le temps avec sa première idée mais il constate la réalité, c’est-à-dire que le temps s’écoule vite : « Qui passera trop vitement » (v.48) ; il est donc bien question de la fuite du temps comme l’allusion au jour qui s’écoule dans le dernier quatrain : « Le jour s’en va voici que brûle » (v.54).
Enfin, mis à part le regret du passé, du temps qui s’écoule, l’art poétique a permis à Apollinaire d’exprimer ses sentiments, notamment dans ce poème où il évoque sa souffrance liée à l’enfermement, la vie dans un espace clos. Il utilise donc un procédé propre à la poésie : le registre lyrique. Il permet d’évoquer ses sentiments en utilisant la première personne du singulier « je », associée à une ponctuation variée et des onomatopées. Dans ce poème, l’auteur se désigne beaucoup : « ma cellule » (v.1), « me mettre » (v.2), « je ne me sens plus là moi-même » (v.9-10), « je suis » (v.11), « mes vers » (v.15), « J’écoute » (v.15), « je me promène » (v.22), « je m’ennuie » (v.33), « mes lignes » (v.36), « deviendrai-je » (v.37) ; « j’écoute les bruits » (v.50). On retrouve dans chaque strophe la présence d’au moins une marque du pronom personnel « je ». Il y a aussi quelques apostrophes : « ô mes années ô jeunes filles » (v.8) ; « Ô Dieu » (v.37). Apollinaire a choisi d’utiliser le registre pathétique afin de souligner sa souffrance, sa tristesse. On retrouve cette idée grâce au champ lexical de la tristesse, du désespoir : « voix sinistre » (v.3), « ma douleur » (v.37), « pitié » (v.39), « larmes » (v.39), « ma pâleur » (v.39), « pauvres cœurs » (v.41), « désespoir » (v.44), « pleureras » (v.47) ; « tu pleures » (v.47). Ce champ lexical permet d’accentuer les sentiments de désespoir ressenti par l’auteur.
Un aspect sensoriel permet de donner vie à cette souffrance : « J’écoute quelqu’un qui frappe du pied » (v.18-19) ; « j’écoute les bruits de la ville » (v.50) ; « Je ne vois rien qu’un ciel hostile » (v.52). Le poète vit dans sa cellule, c’est alors à l’aide des sens qu’il vit le monde extérieur, par procuration ; la vue et l’ouïe y contribuant avec les verbes « entendre » et « voir ».
Enfin, Apollinaire montre que sa souffrance touche son art poétique : « je m’ennuie entre ces murs tout nus et peints de couleurs pâles / une mouche à pas menus parcourt mes lignes inégales » (v.33-36). Cette strophe nous montre que l’enfermement nuit à l’écriture de l’auteur : « mes lignes inégales ».
On peut donc dire que l’art poétique permet à Apollinaire d’exprimer ses sentiments ou plutôt ses ressentiments face à un enfermement qui le ronge.
Pour conclure, « A la Santé » est un poème qui montre bien l’importance de l’art poétique face à l’enfermement. La poésie permet donc de combattre les mœurs en dénonçant, mais ici en évoquant ses sentiments profonds dans le but de dépasser cette vie d’enfermement. La poésie a donc donné à ce poète un aspect libérateur face à sa vie encadrée, sa vie en prison. La libération se fait par l’écriture, et c’est le propre de l’art poétique.
Priscillia Le Guen, 1ère S6
Dissertation :
La poésie permet-elle, selon vous, de se libérer de toute forme d’enfermement ?
Vous développerez votre argumentation en faisant référence aux poèmes du corpus, aux œuvres que vous avez lues, ainsi qu’à celles étudiées en classe.
Comme l’affirme René Char : « On ne peut lire un poème qu’une seule fois ». Cela montre bien que les poèmes ne nous laissent pas indifférents, tant pour ceux qui écrivent que pour ceux qui lisent ; qu’une certaine curiosité nous pousse à les relire. Mais pourquoi ? Qu’apportent-ils réellement ?
Nous pouvons nous demander si, par exemple, la poésie ne permet pas, à l’instar d’autres genres, à ses écrivains, de prendre une certaine liberté, de se détacher de leurs limites, quelles qu’elles soient. Bien sûr, il existe de nombreuses formes d’enfermement. Ecrire un poème nous permet-il de les surmonter ?
Nous verrons dans un premier temps que la poésie donne aux auteurs cette possibilité de s’échapper, de surmonter ces enfermements ; puis nous étudierons quelles en sont les limites, et enfin nous verrons qu’à la lecture de ces poèmes, les lecteurs peuvent trouver une façon de se libérer.
Il est vrai que la poésie peut être considérée comme un moyen très efficace pour exprimer sa liberté. Elle nous permet de nous échapper de la réalité lorsqu’elle fait appel au rêve, des idées reçues, mais également de la censure ou de la poésie elle-même.
Quoi de plus évident, pour surmonter l’enfermement de l’ennui, de la réalité, que d’écrire un poème pour y mettre nos sentiments, nos rêves. L’appel au voyage, à l’irréel revient souvent, dans la poésie, comme c’est le cas dans le poème « Rêve parisien » de Baudelaire. Cela nous permet de vivre autre chose, dans ce poème on y découvre un monde féérique où tout peut provoquer l’émerveillement par ses couleurs, par ses mouvements.
Mais nous ne sommes pas seulement enfermés par notre quotidien, les idées reçues sont également une véritable prison où se cachent stéréotypes et préjugés. Ainsi, certains poètes, voulant s’en débarrasser n’hésitent pas à redonner une nouvelle ampleur, une nouvelle dimension : on peut citer Francis Ponge qui redonne un nouvel attrait à l’huître, aliment qui provoque communément le dégoût. Il décrit l’huître comme un microcosme créant un véritable trésor : la perle.
Cette envie de tout embellir est même devenue un véritable mouvement avec la poésie de la laideur, comme avec Baudelaire, par exemple. L’un des textes les plus connus est « Une charogne » où le principe de vouloir rendre sa beauté à la laideur, amène le poète à décrire un cadavre en lui conférant un nouvel aspect, nous faisant presque oublier nos aprioris.
La poésie peut également, et subtilement, permettre à l’auteur de déjouer la censure, grâce à de nombreux procédés tels que la métaphore, la métonymie. On ne peut contourner alors les fables de La Fontaine qui sont une véritable arme pour critiquer le roi et sa cour ; par exemple Le loup et l’agneau ou Le Corbeau et le renard. Parfois, les poètes prennent donc le risque d’être censurés pour exprimer leur avis, défendre une cause, prendre position.
Victor Hugo, dans « Mélancholia », critique le fait de faire travailler les enfants en persuadant le lecteur de l’horreur et de l’enfer vécus par ces enfants. Et cela, dans le but de ne pas s’enfermer dans le silence mais, au contraire, de clamer son opinion.
Enfin, la poésie peut également être un moyen de lutter contre elle-même, autrement dit de ne pas s’enfermer dans des règles établies par certains poètes, tant au niveau du fond que de la forme. En effet, de nombreux poètes ayant fait parti du mouvement de l’OuLiPo ont voulu se libérer de l’obligation de donner un véritable sens à leurs poèmes. Par exemple, Desnos, dans « Carré pointu », ne fait que décrire habilement, jouant sur le style d’un carré rouge, somme toute assez banal. D’autres encore ont voulu se libérer de certaines contraintes de formes, en oubliant alors la versification pour écrire des poèmes en prose comme Lautréamont dans les Chants de Maldoror, qui remet également en question les fonctions de la poésie.
Cependant, il faut nuancer cette possibilité de s’échapper. En effet, nous ne pouvons pas nous libérer de tout, comme par exemple de notre corps et de nos sentiments. De plus, certains poètes s’enferment également dans certaines formes, certains codes.
Le rêve nous permet de nous échapper, mais seulement momentanément. Il y a toujours une fin, une contrainte qui nous force à nous arrêter. Et si notre corps est enfermé, la poésie ne suffit pas à le libérer. C’est ce qu’expriment certains poètes comme Jules Laforgue dans Spleen : il ne cherche pas à s’échapper mais à montrer au lecteur que justement, rien ne trompe l’ennui, rien ne trompe la réalité. On le ressent également dans le poème « Rêve parisien » de Baudelaire, où le retour à la réalité se fait brutalement comme si chercher à être libre nous ramenait toujours plus brutalement au fait que nous ne serons jamais libres de tout.
Le poète n’est donc jamais entièrement libre, même en écrivant, il est prisonnier de ses propres pensées, ses propres sentiments, qui ressurgissent toujours « au fil de la plume ». On retrouve souvent les états d’âme des poètes, les romantiques par exemple, qui expriment leurs sentiments personnels et leurs questions existentielles.
Verlaine, par exemple, grand symboliste, ne parvient pas à cacher ses impressions, ses sentiments, notamment dans « Clair de lune ». En effet, alors que ce poème appartient au recueil des Fêtes galantes censées exprimer la joie, même les personnages dansant ne parviennent pas à cacher la tristesse présente dans le paysage et le clair de lune.
Il est également vrai que dans la poésie classique, les poèmes devaient prendre certaines formes, suivre certaines règles, comme pour le sonnet (avec deux quatrains et deux tercets comme dans « Quand vous serez bien vieille » de Ronsard) ou l’ode. Certains poètes n’arrivent donc pas à s’en détacher.
Mais que le poète ait voulu se libérer ou non, qu’il y soit parvenu ou non, le but d’un poème est d’être lu. C’est pourquoi, à travers ses fonctions, la poésie permet également aux lecteurs de s’échapper, par le rire, l’engagement ou le voyage.
L’une des fonctions en question, remplie par la poésie ludique, est de faire rire, de distraire son lecteur, parfois même en en sacrifiant le sens. L’amusement n’est-il pas
Un moyen de se libérer ?
Le lecteur s’oublie en lisant des poèmes agréables. Par exemple, dans « Le bonbon » de Desnos, celui-ci s’amuse à décrire un corps tout en répétant autant de fois le mot que nous avons, cette partie du corps : deux mains, dis doigts… Charles Cros, lui, s’appuie sur l’histoire banale d’un hareng séchant au soleil, et sur la répétition de mots à la fin de chaque vers pour distraire son lecteur.
La poésie engagée symbolise également une certaine liberté pour le lecteur : la liberté de s’indigner, la liberté d’agir ensuite pour cette cause. Par exemple, le poème « Mon grand-père meurt », extrait de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, nous révolte contre l’esclavage, la colonisation. Le lecteur est alors libre de se faire sa propre opinion, d’adhérer ou non au blâme, où à l’éloge fait par le poète sur un thème précis.
Enfin, la poésie du voyage permet de quitter son quotidien, d’accéder au rêve ou à des endroits dans lesquels nous ne sommes pas : Philippe Jacottet, dans « Soleil de midi », nous décrit le soleil chaud de la campagne, l’odeur et la vue des fruits. En fermant les yeux, nous y sommes presque. De plus, même si le poète, lui, n’est pas parvenu à s’échapper de son quotidien, cela peut être possible pour le lecteur puisque notre quotidien n’est pas le même que celui du poète. Par exemple, dans « Sur l’herbe » de Verlaine, les « marquis », « abbés » sont des personnages rencontrés au quotidien, ce qui n’est pas le cas pour les lecteurs d’aujourd’hui.
La poésie est donc une arme pour le poète afin de tromper le quotidien, l’ennui, mais aussi les préjugés, les injustices et la censure. Cependant, cette échappatoire n’est que momentanée puisqu’il y a toujours une fin. Mais l’avantage de la poésie est également dans le fait que le poète peut partager cette liberté qu’il prend avec ses lecteurs, qui, en lisant, trouvent aussi un moyen de s’échapper.
On peut néanmoins se demander si pour s’échapper de toute forme d’enfermement, la poésie doit forcément faire appel à l’imagination ? La réalité nous permet-elle de nous libérer ?
Aurélie Poirier, 1ère ES4
Sujet d’invention
« J’écoute les bruits de la ville », écrit Apollinaire. Vous êtes dans votre chambre, le soir tombe. Vous contemplez la ville. Vous vous sentez seul. Rédigez un texte poétique en prose ou en vers en veillant à lier vos descriptions et l’expression de vos états d’âmes.
Texte 1 :
J’écoute le bruit de la ville ; mes oreilles bourdonnent
Et mes yeux scintillent. Le soir approche, la nuit est proche ;
Seul dans mon lit, je me torture l’esprit.
Le soir, le noir amène à la réflexion ;
Mes pensées s’agitent, et mon cœur cogite.
Les yeux écarquillés, les paupières grandes ouvertes : J’observe.
Alors je m’en vais dans les bras de Morphée, la ville reste éveillée ;
Et ce monde de la nuit devient mon monde.
Je suis maintenant assis devant la fenêtre ; et comme chaque soir, je me demande ce que ma vie pourrait être. Le vent vient me caresser la joue, et je deviens jaloux ; jaloux de cet être pur et libre, qui s’en va et vient dans les rues de Paris.
En bas dans le restaurant, je m’imagine cette femme et son amant. Sa main caresse la sienne, comme jamais on n’a caressé la mienne. Elle arbore ce sourire qui lui donne du plaisir. Un peu plus bas dans la rue, une jeune fille et sa Maman ; un peu plus loin un père et son enfant. Et dans ce bar, de l’autre côté de la rue, de vieux amis rient aux éclats après avoir bien bu. Chacun a sa petite histoire, seulement moi je reste dans le Noir ; il représente ma solitude et mon habitude.
Mon corps est fatigué mais je continue à rêver. Je me sens désespéré et mon cœur commence à palpiter. Ici personne ne m’observe.
J’aperçois même la Tour Eiffel ; et c’est là où Paris se révèle. Les monuments, mon imagination les a tous fréquentés ; les ruelles toutes argentées.
Cette ville, je me la suis appropriée ; et mes soucis,
Je les ai oubliés.
Toutes ces images, mes yeux les ont imprimées ;
Et maintenant c’est moi qui m’en vais.
Je ferme les yeux et je ne suis plus enfermé.
Je suis libre ; libre de mes actions ; libre de mes Paroles ; et libre de mes pensées.
Je passe devant le restaurant et j’y vois cette femme et son amant ; un peu plus bas je me retrouve face à cette jeune fille et sa maman ; je continue en passant devant ce père et son enfant.
Seulement cette fois je ne suis plus seul ; une jeune fille me caresse la main. Je suis sur la Tour Eiffel ; et elle vient m’embrasser ; dans une jolie ruelle je me trouve avec mes amis devant une fontaine ;
Magnifique, sculptée, dorée. Le réel est devenu irréel, mais l’irréel devient ma réalité.
Je suis tout à coup ébloui par la lumière ; et le temps semble s’être arrêté. Il fait jour, mon esprit est maintenant éveillé. Je retrouve ma chambre et ma solitude. Je me retrouve enfermé et mon esprit emprisonné.
Sévak Sislian, 1ère S6
Texte 2 :
Depuis ma grande fenêtre
J’observe passer les gens
Qui au fond de mon être
M’attristent trop souvent.
J’entends rire aux éclats
Tous ces petits braves-là,
M’oublier peu à peu
Sans observer les lieux.
Et ! Bien oui, je suis là,
Marquée de désarroi
Au fer rouge sur mon cœur,
Accentuant ma pâleur.
Comme je m’ennuie ici !
J’entends les cloches maintenant
Sonner au déficit
Du pauvre prêtre s’efforçant
De me rappeler souvent
A quel point je suis seule
Comme un loup dans sa gueule.
Le rythme de l’horloge
Me rappelle celui du cœur
Qui ne peut faire d’éloge
Que de ceux qui chantent en chœur.
Chez moi les heures ne passent pas
Et fait agrandir mes pas
Je me sens comme enchaînée
Et mes larmes n’ont pas séché.
J’entends les gens marcher.
Cela vient m’égayer,
Et Ceux-ci s’éloigner
A nouveau m’attrister.
J’aimerais dire aux lecteurs
Et à ceux qui savent l’heure
Que le temps passe lentement
Sans la présence d’amants.
Ecoutez bien mes mœurs,
La compagnie se meurt,
Ne terminez comme moi,
Figée par cet émoi.
Eva Goalard, 1ère ES4
Texte 3 :
Le soir du dimanche tombe
Avec son ennui le plus profond
Le bruit du tonnerre gronde
Et sa lumière sans encombre
Eclate les fenêtres les plus sombres.
Cette soudaine clarté
Ne fait pourtant que renforcer
Cette pénombre étouffée
D’un soir sans conte de fée.
La mélancolie me prend
La tristesse me guette
Hier soir, mon cœur était à la fête
Mais il m’enlève maintenant
Dans son spleen le plus violent
La chambre vide, solitude totale
Elle vous prend et elle vous ronge comme un mal
Trop épuisé pour résister, j’ai abdiqué.
Et maintenant je sens le sommeil m’emporter.
Une lumière revient et le bruit aussi
J’observe à travers le rideau de la pluie
Cette femme, crier à son enfant
De venir sur le trottoir immédiatement.
Un instant amusé
Un instant de gaieté
Qui m’avait arraché
A un dimanche, désabusé.
Alexis Delachapelle, 1ère ES4
Texte 4 :
A la fenêtre, solitude et nostalgie.
Soleil couchant tout comme toi, je disparais.
Reviens à l’aube mais laisse-moi sombrer dans l’oubli.
Mélancolie, de toi, j’érige mon beau palais.
Oui ! Paris, seul, je t’observe ma prison d’or
Parmi le monde tes couleurs sont les plus belles.
Tu fis de ma vie un paysage incolore,
Peut-être car, aussi, tu demeures si cruelle.
La nuit tombante c’est à Paris que je m’adresse,
N’ayant comme amie que sa maudite compagnie.
Dis-moi pourquoi tu ne m’accordes point de tendresse ?
Tu ne m’offres rien d’autre que ta tromperie !
Car tes rues semblent sous la lune, apaisées
Elles sont en fait des témoins de l’ignominie,
Que même l’astre et ses reflets ne peuvent cacher,
Leurs pires crimes se révélant à l’heure de la nuit
Pauvres âmes, dans la ville vous défilez,
Tout comme l’a fait, au fil du temps, mon enfance.
Ces passants ont pour autant l’air joyeux et gai
Je les envie, eux, si nombreux, pleins d’arrogance.
Et la Seine, dans toi je me jetterai bien !
Ta couleur dans la nuit devenue si sombre,
M’attire car, de la vie je n’attends plus rien
Tu le sais, de moi, je ne suis plus que l’ombre.
Le désespoir au creux de la fenêtre, Basile Kanso, 1ère ES4.
Texte 5 :
Soirée printanière, je m’avance à ma fenêtre et l’ouvre. C’est la porte menant au monde, ma solitude en est la clé. Le ciel violacé m’appelle et murmure ; c’est la Ville qui m’appelle. Ah ! Paris ! Ce chant de sirène m’ensorcèle, m’entraîne, je monte alors sur le balcon, seule.
Mille et une lumière apparaissent en une cascade parfaite, à mesure que le dôme qui m’abrite et me protège, s’assombrit. Ma solitude me pèse ; je sens mon feu intérieur qui se meurt. Je me tourne et dévisage ce soleil, ce cher Soleil, source de ma Vie, rougeoyant, disparaissant, s’éteignant, entraînant avec lui une traînée étincelante de joyeuse poussière dorée.
L’Etoile de mes jours me quitte derrière une nuée d’immeubles lassés, tristes, mélancoliques. Ces derniers revêtent leur robe d’ombre habituelle, modèles de ma folie désespérée ; je suis une créatrice. Je m’imagine saluer et c’est là un véritable défilé ; une véritable défaillance.
Je ne distingue plus ces masques terrifiants ; seules les lucioles virevoltent encore, chahutent, sans savoir où s’installer définitivement. Mais qui ces masques cachent-ils donc ? Mais quand les lucioles vont-elles cesser leur épopée maladroite ? Les projecteurs doivent s’éteindre, tout a une fin. L’homme et la femme ont une fin. Rupture.
Je regarde les bancs encerclant les avenues ; je suis en haut de ma tour. Je vois tout et j’observe. Les bancs sont seuls eux aussi, pas un passant. Douce mélancolie, m’abandonneras-tu ?
J’écoute les bruits de la ville et crois entendre le battement final de mon cœur. Tout est calme puisque les sirènes ont cessé leur tumultueux chantage ; je leur ai cédé. Que faire ? Où aller ? Qui rencontrer ? J’ai besoin de ce guide qui m’abandonne à son tour. J’écoute finalement le hululement d’une chouette égarée. La lune entre ainsi en scène, Reine de mes nuits, sous l’admiration des êtres nocturnes. Je l’acclame ; elle me sourit et me répond. J’ai une hallucination ; ma solitude me pèse.
Une étoile filante traverse l’horizon et perce de son long sillage mon abdomen. Ma solitude m’achève ; un dernier souffle expire d’entre mes lèvres. Rosée du matin, quand surviendras-tu ?
Je suis extirpée de ma lassitude ; un groupe de fêtards passe. Comme ils sont loin de moi ! La nuit leur tend ses bras quand elle me rejette. Injustice ! Les Lumières luttent contre l’intolérance quand l’obscurité la vénère ! Je finis par percevoir la lyre d’Orphée, je m’exalte, parle de moi. Dernière cigarette, la solitude tue à présent mes poumons noircis. Solitude assassine, laisse-moi ! Un chat passe, comme si la peste m’avait exaucée. Il s’échappe, allure féline ; je saute avec lui, lui retombe sur ses quatre pattes.
Je supplie la lune, je supplie la Vie, et, insignifiante humaine, grâce m’est accordée. Je me relève au petit jour, l’Astre-Tout-Puissant accepte de réchauffer mon cœur ; la ville se redessine, je sors de ma langueur. Le cauchemar s’achève, mais je n’oublie pas que la solitude est bien mauvaise joueuse.
Célia Buisse-Godey, 1ère ES4
vendredi 25 mars 2011
Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants de Mathias Enard, article critique de quatre élèves de 1ère ES4 (sujet d'ivention)
Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants, la vinaigrette de la littérature par excellence ?
Quoi de meilleur qu’une bonne vinaigrette où la moutarde lie parfaitement deux éléments opposés, tels que l’huile et le vinaigre ?
Parle-leur de batailles de rois et d’éléphant, paru l’année dernière et primé au prix Goncourt des lycéens est le dernier roman en date de Mathias Enard, grand voyageur et polyglotte accompli. Il met en scène la venue de Michel-Ange, alors peu connu, à Constantinople dans l’optique de concevoir un pont désiré par le Sultan Bajazet. Tout en réalisant les plans, Michel-Ange découvre, dans sa nouvelle vie, une ville ouverte sur deux cultures, deux religions, deux civilisations, deux modes de vie, et prend conscience de l’importance du pont, dont le rôle, comme celui de la moutarde, serait de lier tous ces aspects de la ville différents voire opposés.
La vie de Michel-Ange n’étant que partiellement connue -au XVIème siècle, la réputation des artistes primait sur l’exactitude historique, Mathias Enard a eu la possibilité de réécrire une partie de sa vie, en y intégrant de nouveaux personnages grâce à la richesse de son travail de documentation. Totalement inventés, comme la danseuse andalouse, ou existants réellement, tel le poète Mesihi, ces rencontres vont aider Michel-Ange dans la réalisation de ce nouveau défi artistique.
Le pont que Michel-Ange est donc en charge de réaliser représente toute une symbolique autour du lien, d’un certain clivage, d’un mélange. Mathias Enard a su réinvestir ce thème du mélange tant au niveau de la forme de son œuvre que du fond, ou même au niveau des impressions qu’il parvient à procurer au lecteur.
Il est vrai que le roman Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants, n’est pas un roman banal puisque Mathias Enard a réussi à mélanger différents genres littéraires. Bien qu’il se base sur le personnage réel de Michel-Ange, il arrive à intégrer des éléments fictifs : ainsi le lecteur ne sait plus ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Mathias Enard a réussi à trouver un juste milieu entre fiction et réalité, à tel point que nous ne savons plus s’il s’agit d’un roman historique ou d’une biographie romancée. Il nous l’explique d’ailleurs dans la note finale de son livre, page 153-154 « Quant à l’affaire qui nous intéresse ici, voici donc ce que l’on peut facilement retracer : (…) Pour le reste, on n’en sait rien. ». A ce mélange s’ajoute également une diversité de styles ; alors que certains passages sont basés sur les actions et les pensées des personnages avec des points de vue changeants, d’autres sont des passages épistolaires. L’intégration de ces lettres parvient à rythmer le livre même si elles laissent parfois le lecteur dans le vague, elles nous permettent également de nous rendre compte des relations que Michel-Ange avait avant le début du livre puisqu’il envoie des lettres à sa famille restée en Italie. Par exemple page 39 « Constantinople, 19 Mai 1506. A Buonarroto Di Lodovico Di Buonarrota Simoni In Firenze (…) ».
Mais Mathias Enard ne s’arrête pas là et intègre aussi des passages poétiques qui donnent au roman un côté léger, lyrique et presque mystique, à travers les vers inventés et chantés par l’esclave Andalouse à Michel-Ange, quand celui-ci est dans ses bras. Le lecteur peut également apprécier des poèmes de Mesihi que Mathias Enard, loin de les imaginer, a repris du véritable poète (cf. http://turquie-culture.fr/pages/litterature-turque/textes-et-extraits-de-textes/mesihi-poete-ottoman.html ; http://turquie-culture.fr/pages/litterature-turque/biographies/mesihi-biographie.html ).
En ce qui concerne les registres, on peut dire, de par les faits historiques, que ce roman présente –entre autre- un registre réaliste. L’action est incontestablement ancrée dans la réalité, des dates précises et des évènements réels nous le prouvent ainsi que de nombreuses descriptions de Constantinople : « Durant le reste de la matinée, sur les quais, autour de la porte, dans les remparts de la ville et jusqu’au milieu du port, où on les promène en barque, Michel-Ange et les ingénieurs observent et mesurent. Le sculpteur florentin contemple le paysage, la colline fortifiée de Péra, de l’autre côté de la Corne d’Or, la gloire de Stanbul qui lui fait fasse (…) » page 54. Mais d’autres registres viennent s’y mêler comme le registre pathétique et tragique incarnés par Mesihi qui n’ose révéler à Michel-Ange son amour pour lui et pour qui le seul moyen d’oublier est de se plonger dans l’alcool « Il a sacrifié son amour une dernière fois, sans rien espérer en retour (…) Il pleure souvent ; seule l’arrivée de la nuit et de la débauche lui apportent un peu de réconfort. ».
Par le mélange de tous ces genres et registres, Mathias Enard a su créer un support reflétant l’histoire qu’il a voulu imaginer. La forme est ainsi à l’image du fond.
Michel-Ange se voit confier la dure tâche de concevoir les plans d’un pont, mais le but poursuivi par le Sultan avec la réalisation de cet ouvrage est si particulier que la conception en devient une véritable épreuve. En effet, ce pont se doit d’être plus qu’un simple lieu de passage : il sera non seulement un carrefour des civilisations, mais également un lieu de rencontre entre Chrétiens et Musulmans ainsi qu’Occident et Orient. « Le pont sur la Corne d’Or doit unir deux forteresses, c’est un pont royal, un pont qui, de deux rives que tout oppose, fabriquera une ville immense » (page 35) Cet ouvrage sera militaire, commercial, religieux et politique.. Mathias Enard exploite cette rencontre en réalisant une immersion complète dans cette ville qui, à l’image de ce futur pont, est cosmopolite.
Cet espace est tout d’abord une rencontre entre deux cultures, comme nous les prouvent les marchandises arrivant par delà les mers et les océans : « huile de Mytilène, savons de Tripoli, riz d’Egypte, mélasse de Crète, tissus d’Italie, charbon d’Izmit, pierres du Bosphore » (page 54). Un endroit où les animaux domestiques peuvent être aussi bien des chiens que des singes, et où l’on joue du tambour basque et de la mandoline tout comme de l’oud et du saz déconcerte Michel-Ange qui se rend compte de l’essence pluriculturelle de la ville.
En ces périodes troubles où la religion déterminait bien souvent la vie d’un individu, Constantinople faisait figure d’exception et de modèle : Sainte Sophie qui était le centre de la Chrétienneté côtoyant les mosquées et leurs muezzins en toute harmonie en était la preuve. La tolérance était de mise envers les chrétiens tout comme envers les juifs chassés d’Espagne.
Cette ville comme vous l’aurez compris est donc un lieu de rencontre entre deux cultures, deux religions mais également entre l’art byzantin et l’art de la renaissance. C’est donc une ville où s’entremêlent artistes italiens et peintre byzantins, juifs et musulmans, orient et occident. Ce lieu symbolique fait ainsi douter Michel-Ange : «La matière de la ville lui est si obscure » (page 65), Constantinople est mystérieuse, difficile à cerner.
Dans Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Enard nous fait voyager. Il parvient à convaincre le lecteur de suivre Michel-Ange tout au long de son périple. En effet, grâce à son style d’écriture et à la justesse de ses mots, le lecteur accroche et ressent les émotions ainsi que les sentiments du personnage. Le lecteur voyage et vit avec lui dans un Constantinople cosmopolite où Andalous, Italiens, Chrétiens, Juifs, Levantins, tous sont acceptés, tous sont mélangés.
Mathias Enard dresse le portrait de la très belle ville de Constantinople. Une ville où brillent des couleurs éclatantes. L’auteur, ayant voyagé et séjourné au Moyen-Orient retranscrit parfaitement ce mélange de couleurs. « cipolin, ophite, sérancolin, serpentin, cannelle, dauphin, porphyre, brocatin, obsidien, cinatique. Que de noms, de couleurs, de matières, alors que le plus beau, le seul qui vaille, est blanc, blanc, blanc, sans veines, rainures ni colorations. Le marbre lui manque » (page 68). Cette citation nous permet de rappeler que Michel-Ange est avant tout un sculpteur, et que le marbre qu’il utilise pour ses œuvres lui manque. Pour lui, le blanc représente la douceur dans la clarté. Le blanc symbolise aussi la lumière. Mathias Enard joue beaucoup sur les effets de luminosité dans son roman. En effet, la lumière est omniprésente : « une tache de lumière tombe sur son épaule tordue par l’effort » (page 78), « il voit qu’on apporte de la lumière, il entend qu’on l’appelle » (page 134), « il lui reste une vague lumière, une douceur subtile mêlée d’amertume » (page 151). L’auteur contraste cette luminosité éclatante avec des couleurs obscures : « Et, plus que tout, le dessin, la blessure noire de l’encre, cette caresse crissant sur la grain du papier » (page 65), « la Corne d’Or se perd dans des méandres de brume obscure et, à l’est, le Bosphore dessine une barrière grise dominée par les épaules sombres de Sainte-Sophie, gardienne du fossé qui les sépare de l’Asie » (page 84), « Le noir presque complet » (page 95), « le noir damas est extraordinairement beau » (page 103). Le contraste de ces deux extrêmes est représenté par l’expression « l’incertitude scintillante de l’obscurité » page 11. De plus, la couleur rouge jalonne le récit : «pourpre » (page 36), « rehauts de rouge » (page 100). Pour finir, le lecteur a l’impression que les couleurs de Constantinople donnent l’inspiration à Michel-Ange pour ses œuvres futures : « Son regard est transformé par la ville et l’altérité ; des scènes, des couleurs, des formes imprégneront son travail pour le reste de sa vie » (page 91).
La musique et le chant sont des thèmes que l’on retrouve souvent dans ce roman. Michel-Ange puise ses ressources notamment dans la musique : « il aimait tâter du vin, de la poésie et de la musique » (page 12). Tout au long de son parcours la musique va accompagner l’artiste : « fasciné par la voix puissante qui s’envole dans les aigus […] commenter le chant » (page 48), « puis viennent la musique et le chant » (page 89), « un chant divin » (page 91). Chaque description de mélodie nous entraine dans une atmosphère paisible. La musique est harmonieuse avec des instruments comme « un luth, une mandore et une viole […] accompagnés d’un tambour » (page 42).
Evidemment, le lecteur s’interroge : 500 ans plus tard, Constantinople est devenue Istanbul mais son rôle a-t-il réellement changé ?
Aurélie Poirier, Manon Rivallain, Thibault Marchadier et Adrien Allard (1ère ES4)
mercredi 26 janvier 2011
Sujet d'invention: Ecriture d'une préface pour une anthologie poétique
Préface
Chers lecteurs, vous qui avez l’habitude de délaisser les recueils poétiques, vous êtes-vous déjà intéressés à la poésie engagée ? Cette poésie qui n’a pas seulement pour but de traduire les émotions et les sentiments du poète mais qui permet à celui-ci d’exprimer différentes opinions sur un sujet.
Cette anthologie illustre le thème de la poésie engagée à travers les œuvres Mélancholia de Victor Hugo, La chasse à l’enfant de Prévert, un extrait des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné, A la Reine Mère du Roi de Ronsard, Strophes pour se souvenir d’Aragon et Le legs de Desnos.
Elle vous fera découvrir les grands thèmes de la poésie engagée, à savoir celui du travail et de la maltraitance des enfants, de la religion et de la seconde guerre mondiale.
Depuis toujours, les enfants sont au cœur de nombreux débats. Comme nous le montre la photographie Jeu d'enfants à Riquewihr, de Robert Doisneau les enfants sont à notre époque heureux et bien traités mais cela nous rappelle également qu’à travers le monde, certains d’entre eux sont encore victimes de maltraitances.
Victor Hugo et Jacques Prévert sont deux poètes qui ont eu à cœur de défendre leur cause. L’un, en attaquant le travail de ceux-ci dans son poème Melancholia et l’autre, en dénonçant les mauvais traitements infligés, dans La chasse à l’enfant. Leurs méthodes diffèrent également : Victor Hugo met l’accent sur le registre pathétique et s’attache à décrire leurs conditions de vie. En insistant sur leur mal-être : « ces enfants dont pas un seul ne rit », mais aussi sur la quantité de travail assommante : « travail dont le souffle étouffant », « de l’aube au soir ». Jacques Prévert, lui aussi, met en avant le registre pathétique en décrivant des actes de maltraitance précis : « Et les gardiens, à coup de clefs, lui avaient brisé les dents ». Mais il dénonce également ces adultes qui « chassent » cet enfant : « C'est la meute des honnêtes gens/Qui fait la chasse à l'enfant ».
Ces poèmes méritent donc leur place dans cette anthologie en tant que représentant de la poésie engagée au service de la défense des droits des enfants.
La religion peut-être elle aussi considérée comme un autre grand thème universel de la poésie engagée, notamment lors des guerres de religion du XVIe siècle. Guerres qui ont été très violentes comme nous le montre le tableau du Massacre de la Saint Barthélemy de François Dubois.
Les deux poètes les plus représentatifs de cette thématique sont sans nul doute Pierre de Ronsard et Agrippa d’Aubigné. Ils présentent tous les deux une vision très différente des guerres de religion. Le premier défend les catholiques et le second les protestants. Dans l’extrait des Tragiques que vous présente cette anthologie, Agrippa d’Aubigné proteste contre les dirigeants de la France, soit Catherine de Médicis, Charles IX et Henri III. Il les considère respectivement comme une « femme hommace », un « sauvage » et un « efféminé » et « une putain fardée ». Il compare également les protestants à des « bêtes », « des cerfs », « des daims » et « des faons » chassés par la famille royale.
Pierre de Ronsard critique quant à lui les protestants, notamment dans son poème A la Reine Mère du Roi, qu’il qualifie de « monstres ». Néanmoins, il s’attache plus à décrire les effets des guerres de religion montrant à quel point celles-ci divisent la France: « Et le frère (ô malheur) arme contre son frère ».
Ces textes poétiques montrent donc que la poésie peut servir à alimenter les débats.
Les guerres de religion ne sont pas les seules guerres qui ont inspiré les poètes. La seconde guerre mondiale est à l’origine de nombreux poèmes engagés tels que Le legs de Desnos et Strophes pours se souvenir d’Aragon.
Ces deux poèmes possèdent à la fois des différences et des points communs. Ainsi Desnos critiquera la propagande et le gouvernement de Vichy. Il cite de nombreux noms comme: « Un Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon » ou encore: « On c'est Hitler, on c'est Gœbbels... ». Bien que le poème d’Aragon soit plus un devoir de mémoire qu’une critique, il dénonce également la propagande en reprenant l’affiche rouge : « L’affiche qui semblait une tache de sang ». Cependant afin de réaliser son devoir de mémoire, il effectue une réécriture de la lettre de Manouchian : « Et c’est alors que l’un de vous dit calmement », rendant ainsi hommage aux résistants qui ont libéré la France.
La poésie engagée peut donc être utilisée pour remettre en cause les décisions gouvernementales lors d’événements majeurs.
Nous pouvons donc en conclure que la poésie peut-être utilisée pour défendre de nobles causes. Tels que la défense des droits des enfants, les guerres de religion ou les injustices de la seconde guerre mondiale.
Nous espérons, amis lecteurs, que cette anthologie vous permettra de découvrir ou redécouvrir quelques poèmes qui vous feront réfléchir sur votre bonheur.
Thibaut Seys, Pierre Lascaud et Raphaël Gentilini, 1ère S6
mardi 25 janvier 2011
Sujet d'invention: Lettre ouverte aux politiques
Sujet d’invention (Clara Faure, 1ère ES4)
À Châtillon, le 27 décembre 2010,
Mesdames et Messieurs les responsables politiques,
Je requiers toute votre attention afin d’aborder un sujet qui est des plus important. A l’heure où la France voit son niveau général s’abaisser autant sur le point culturel que scolaire, il est temps qu’une réforme aboutisse. Il est très délicat de s’en rendre compte si la question du changement ne traverse pas les frontières de notre pays. Je viens tout juste de rentrer d’un voyage des plus instructifs au cœur de la culture Russe. Il m’a en effet fallu m’échapper de mon pays d’origine pour m’ouvrir les yeux sur nos mœurs et notre système éducatif. Je ne vous demanderai point de vous rendre sur cette terre étrangère, malgré le fait que ceci serait fort édifiant. Je me contenterai de vous rapportez ma vision du système Russe en profitant du temps que vous m’octroyez.
Moscou possède un cœur culturel des plus impressionnant. L’architecture des églises orthodoxe dépasse toute espérance. Cependant la richesse de cette terre ne s’immobilise pas à son aspect, mais s’étend jusque dans son système éducatif. Il m’a beaucoup étonné de voir une centaine d’enfants rejoindre joyeusement leur domicile alors que l’après-midi venait de s’entamer. Je me suis donc rendu dans une école des plus banale afin de me renseigner sur le fonctionnement de l’apprentissage. Il m’a suffit de quelques mots échangés avec le directeur pour manifester ma surprise et mon admiration. Contrairement en France où tout élève côtoie des professeurs différents et les oubli au moment où ces derniers retenaient le nom de chacun, les relations entre maîtres et apprentis en Russie sont remarquables. Chaque écolier se voit attribuer un professeur principal au début de sa scolarité, qui prend avec le temps le rôle de « parrain ». Un enfant âgé de 10 ans m’en a témoigné : « Ma professeur principale m’a expliqué que dans certains cas, elle devenait pour ses élèves comme une seconde mère ». Ces relations suivies et encourageante se traduisent par des écoliers heureux de s’instruire et très actifs au sein de l’école. Il est évidemment inutile que je vous remette en mémoire le rejet permanent des jeunes étudiants Français quant il est question de se rendre en classe. J’ai ensuite été très étonné en apprenant les horaires des étudiants. La journée démarre au même temps que nous, mais se termine à l’heure à laquelle les élèves français entament la seconde partie de l’apprentissage. De plus, la répartition des congés est beaucoup plus étudiée. En effet, elles apparaissent régulièrement mais sont de courtes durées. Il est vrai que l’absence de cours durant 60 jours est seulement utile à l’abandon total d’apprentissage et ne fait que rendre plus difficile la reprise de la classe. Je vous demande quel est le but de surcharger les étudiants de journées interminables sur une période très étendue, pour ensuite les laisser s’épancher de leurs études et accentuer leur dégoût du système de transmission de la connaissance. J’aimerai ensuite vous faire part d’une anecdote qui m’a été parvenu dans l’enceinte de ce même établissement. Un élève m’a narré ceci : « Tous les ans, en septembre, il y a une journée du professeur. Ce jour-là, les élèves offrent des fleurs, des chocolats et des cadeaux à tous leurs maîtres. L’école est entièrement décorée et les cours s’alternent au rythme de la musique qui s’entend dans tous les couloirs. Puis il y a un spectacle dirigé par les élèves et destiné aux enseignants. ». Ce genre d’évènement est inimaginable en France. Le travail du professeur est d’autant plus dénigré qu’il n’est jamais reconnu. De plus, vous devez sûrement trouver inadmissible et irresponsable que les écoliers passent la seconde partie de la journée en liberté, cependant laissez-moi vous éclairer sur les activités de ces enfants assoiffés de connaissance et de diversité. En effet, comme vous l’aurez peut-être constaté Messieurs, la barrière de l’éducation ne se trouve pas dans l’établissement. Dès leur plus jeune âge, les enfants russes décident de se dévouer à une activité culturelle de leur choix qui développera leur diversité et leur esprit. Je prendrai l’exemple de la musique, qui demeure pour moi le plus illustratif. Lorsque je m’abandonnais dans les paysages blanc et or de la capitale, je me rendis compte de la place qu’utilisait la mélodie dans sa culture. Je décidais alors de me renseigner sur les pratiques indépendantes des habitants. Dans notre pays, nous peinons à observer une démocratisation de la pratiques d’un instrument qui est malheureusement présente chez les familles accordant une importante place à l’art auditif. Le simple fait qu’en Russie, les enfants puissent recevoir un violon à l’âge 3 ans rend mon regard sur ce pays d’autant plus admirable et exemplaire. L’apprentissage d’arts est l’essence même de l’épanouissement et de l’intelligence. D’ailleurs, n’est-ce pas en Russie que sont nés les plus grands compositeurs et interprètes, parmi lesquels je citerai Igor Stravinsky, Dimitri Chostakovitch, David Oïstrakh ainsi que Mstislav Rostropovitch qui font l’admiration du monde entier et qui constituent les piliers de l’histoire de leur patrie. La culture Russe est l’une des plus importantes et des plus vastes au monde. Outre les génies musiciens, la littérature russe mérite un émerveillement des plus indiscutables. La diversité s’étend dans les ballets ainsi que dans les cinémas dont la créativité dépasse toute attente. Je ne m’adresse pas seulement à vous aujourd’hui pour vous faire part de l’éloge de la richesse intérieure de la Russie, mais surtout pour remettre en question les méthodes éducatives et la place bien trop étroite de la diversité culturelle en France. Les enfants représentent la vision du futur, c’est pour cette raison qu’il est indispensable de poser sa réflexion sur leurs visages. Il est temps de démocratiser toutes les valeurs culturelles aussi diverses soit-elles pour imaginer un jour un peuple aussi instruit et ouvert d’esprit que celui pour lequel j’ai eu l’ honneur de vous en décrire une face aussi infime soit-elle.
Je vous remercie pour le temps que vous m’avez intelligemment accordé et vous remet mes salutations les plus distinguées.
dimanche 23 janvier 2011
Question de corpus sur les Lumières
Question de corpus
Au XVIIIème siècle se développent des idéologies, des façons de penser nouvelles. Cette période est connue sous le nom de siècle des Lumières. Diderot, Voltaire, et Montesquieu sont des philosophes et écrivains français de cette époque. Nous allons analyser les points communs et les différences de cinq textes écrits par ces auteurs. Nous étudierons un extrait de Candide de Voltaire (« Le nègre de Surinam »), écrit en 1759, ainsi qu’un extrait « Sur les quakers » du même auteur, paru en 1734. De plus, nous approfondirons notre étude avec les Lettres 24 et 30 des Lettres Persanes de Montesquieu, parue en 1721. Pour finir ; nous analyserons un extrait de Supplément au voyage de Bougainville de Diderot.
Nous allons comparer ces cinq textes en relevant les points communs et les différences. Nous verrons les idées communes des auteurs, développées sous différentes formes.
Diderot, Montesquieu et Voltaire sont des philosophes. Ils ont révolutionné les façons de penser au XVIIIème siècle. Ces trois auteurs ont des idées nouvelles qu’ils vont faire paraître dans leurs ouvrages.
Dans chaque extrait étudié, nous retrouvons la notion de voyage. En effet Candide voyage à Surinam dans l’extrait de Candide, écrit par Voltaire. Ce dernier voyage lui-même en Angleterre dans l’extrait « Sur les quakers ». Montesquieu fait voyager deux persans à Paris dans Les Lettres Persanes. La notion de voyage apparaît également dans l’extrait de Supplément au voyage de Bougainville, où l’action se passe à Tahiti. Ces trois auteurs parlent tous de voyage mais pas sous la même forme. En effet, Montesquieu utilise le genre épistolaire. Son ouvrage est écrit sous forme de lettres échangées par des persans entre Paris et la Perse. Diderot, quant à lui, écrit un récit. Son œuvre est conçue comme un dialogue. Enfin, Voltaire utilise le récit, et plus particulièrement le conte philosophique pour Candide. Dans son extrait « Sur les quakers », Voltaire utilise le genre épistolaire mais son extrait ressemble plus à un essai.
Les thèmes de ces extraits sont différents mais renvoient pratiquement à la même thèse. Diderot, Montesquieu et Voltaire développent tous une critique. Ces philosophes présentent une satire dans leurs textes. Voltaire dénonce l’esclavage et le critique ouvertement dans Candide. Il présente Candide rencontrant un nègre victime de l’esclavage à l’entrée de Surinam. Il est étendu par terre et lui manque un bras ainsi qu’une jambe. Ce texte vise tous les responsables du commerce triangulaire. Pour Voltaire, chacun est responsable de la situation : il essaye de faire prendre conscience aux européens que chacun doit œuvrer pour changer, et abolir l’esclavage. Cette abomination est ainsi dénoncée dans cet extrait.
Diderot dénonce un thème lié à l’esclavage, la colonisation. Dans son extrait, il critique les méfaits de la colonisation, à travers la parole d’un chef tahitien qui s’adresse au colonisateur Bougainville lors de la colonisation de Tahiti en 1771. Diderot dénonce ici une société colonisatrice, injuste, immorale et violente face à un monde libre, simple et tolérant. On retrouve aussi la notion d’esclavage et sa dénonciation avec le champ lexical de la violence (« funeste », « fureurs inconnues », « folles », « féroces », teintes de sang »).
La société est ainsi critiquée, comme dans l’extrait « Sur les quakers ». Voltaire, lors d’un voyage en Angleterre, s’adresse à un quaker et met en place une critique de la société française et de la religion. Une satire est mise en place par un jeu d’opposition entre le quaker et Voltaire à travers la manière de parler et de se comporter. Il souligne le ridicule des français ainsi que le comportement excessif du règne de Louis XIV, lors de la monarchie. La critique de la religion est mise en place grâce au rejet du baptême par le quaker, inutile selon lui.
Quant à Montesquieu, il présente lui aussi une critique de la société française à travers un jeu de regard entre les persans et les français dans Les Lettres Persanes. Montesquieu critique la vie parisienne, le rythme trop vif, l’agitation des habitants, leurs comportements grâce au regard de Rica dans la lettre 24. Il dénonce aussi dans une deuxième partie la puissance de Louis XIV et sa faculté de manipulation. Dans la lettre 30, Montesquieu dénonce l’ethnocentrisme et la mondanité des parisiens.
Ces cinq textes présentent donc tous une critique de la société dans son ensemble, mais leurs différences résident dans le thème de la critique, à savoir l’esclavage, la colonisation, la religion…
Les extraits présentent aussi des points communs dans les registres. En effet les textes sont tous argumentatif car ils défendent une thèse. Ils dénoncent et critiquent, ce qui amène à employer un registre polémique. L’auteur va dénoncer et éveiller la conscience du lecteur en employant des procédés stylistiques comme les questions rhétoriques, des hyperboles, des exclamations, des connotations… L’extrait de Candide et celui de Supplément au voyage de Bougainville présentent bien un registre polémique puisque Voltaire et Diderot vont amener le lecteur à adhérer à leur parti, à savoir la lutte contre l’esclavage et la colonisation.
Dans ces extraits, on retrouve à chaque fois le registre satirique. Les écrivains utilisent l’ironie et invitent le lecteur à partager une critique railleuse, en utilisant des exagérations, un vocabulaire péjoratif ainsi que des procédés de décalage. La satire est omniprésente et contamine tous les textes, ce qui vise à faire réagir le lecteur. On observe une satire de l’esclavage dans Candide, de la colonisation dans l’œuvre de Diderot, de la religion dans la lettre « Sur les quakers », de la distance exotique dans Les Lettres Persanes. En effet, Montesquieu use du registre satirique pour accentuer sa dénonciation.
Grâce aux registres utilisés, Diderot, Montesquieu et Voltaire vont tout mettre en œuvre pour capter l’attention du lecteur. Voltaire mise sur la situation douloureuse du nègre qui va faire naître la tristesse, la compassion et la pitié chez le lecteur. Il use en effet du registre pathétique, en plus du polémique et du satirique, dans l’extrait de Candide. Montesquieu, pour sa part, va amadouer le lecteur grâce à un jeu de regard qu’il établit entre les persans et les parisiens dans Les Lettres Persanes. Il va aussi choquer le lecteur avec l’ethnocentrisme et la mondanité dont font preuve les parisiens. Dans sa lettre « Sur les quakers », Voltaire va capter l’attention du lecteur grâces aux registres mais aussi avec l’instauration d’un dialogue avec le quaker et la découverte d’autres façons de penser, de parler et de se comporter. Diderot, lui, va s’adresser au lecteur avec un plaidoyer et un réquisitoire. Le chef tahitien, par son discours va faire prendre conscience aux lecteurs des méfaits de la colonisation. Grâce à sa force oratoire et son discours persuasif, Diderot va capter l’attention des lecteurs
Diderot, Montesquieu et Voltaire, philosophes des Lumières, s’adressent aux lecteurs en critiquant la société française dans son ensemble. Ils vont, grâce à leurs idées nouvelles, dénoncer des thèmes comme l’esclavage, la colonisation ou la religion, le pouvoir du roi, la monarchie… Grâce à leurs œuvres, ces lumières vont révolutionner les manières de penser au XVIIIème siècle, ce qui va amener en 1789 à la Révolution Française et à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Adrien Allard